Cette interview est initialement parue dans Accountancy Vandaag.
Le rôle classique du comptable évolue. La digitalisation et l'IA prennent en charge de plus en plus de tâches répétitives, ce qui libère de l'espace pour un conseil à plus forte valeur ajoutée. Pour Guillaume Desclée, fondateur et CEO d'Abbove, une opportunité importante se trouve dans la planification patrimoniale. « Les comptables disposent déjà des connaissances et de la confiance nécessaires pour accompagner les entrepreneurs sur le long terme. »
Traiter des factures, établir des comptes annuels, rapporter des chiffres : le travail comptable traditionnel s'automatise de plus en plus. De ce fait, la valeur ajoutée du comptable se déplace, selon Guillaume Desclée, vers un rôle de conseil plus large.
« Le comptable connaît l'entreprise, mais aussi la situation financière de l'entrepreneur. Cette position est particulièrement précieuse dès que la conversation dépasse les chiffres de l'entreprise. Pensez par exemple à la planification de la succession et de la transmission, aux donations, à la fiscalité, aux scénarios financiers ou à l'anticipation des risques. Pour les entrepreneurs, ce n'est pas un luxe. Une grande partie de leur patrimoine est souvent immobilisée dans leur entreprise. Tôt ou tard se pose alors la question de savoir comment céder ou transmettre cette entreprise, et comment transformer le patrimoine constitué en sécurité financière et en projets d'avenir. »
Pour Guillaume, c'est là une opportunité importante pour les comptables. « Ils ont déjà les connaissances, l'accès régulier à l'information financière et une relation de confiance avec leurs clients. Avec Abbove, nous voulons les aider à transformer ce rôle de conseil existant, souvent informel, en une prestation structurée et professionnelle. »
Une vue claire sur le patrimoine
Abbove est né il y a environ neuf ans, de conversations avec quelque 120 familles fortunées. Il en est ressorti que les patrimoines complexes sont souvent difficiles à garder lisibles. L'information est dispersée entre des documents, des systèmes et différents conseillers, alors que des décisions importantes autour de la propriété, de la transmission et de la planification future sont souvent mal préparées.
« Notre plateforme a d'abord été développée comme une solution pour les familles elles-mêmes », explique Guillaume Desclée. « Elles ont ensuite commencé à partager Abbove avec leurs comptables, notaires et autres conseillers. Cela a conduit à une évolution vers un modèle B2B2C, où les conseillers utilisent la plateforme avec leurs propres clients. »
Un atout majeur réside dans l'approche collaborative. « Nos conseillers et nos clients travaillent avec la même information structurée. Nous réunissons notamment les actifs et les passifs, les entreprises et les participations, les structures de détention, les relations familiales, les documents, les flux de trésorerie, les donations et les scénarios futurs. »
« L'objectif, c'est que tout le monde regarde la même image du patrimoine. Cette information peut ensuite être présentée sous forme, entre autres, de vues d'ensemble du patrimoine, d'organigrammes, de structures de détention, de rapports financiers et d'analyses de scénarios. »
« D'autres acteurs professionnels, comme les notaires et les family offices, peuvent également consulter ou compléter l'information dans le contexte pertinent. Notre plateforme est par ailleurs en marque blanche et peut être déployée dans différentes juridictions. »
De la demande de conseil à la mission concrète
Abbove ne veut pas seulement centraliser l'information, mais aussi aider les comptables à proposer du conseil de façon structurée. Une question comme « Comment transmettre mon entreprise à mes enfants ? » peut par exemple se traduire en une mission de conseil concrète.
« En tant que comptable, vous pouvez ensuite enregistrer l'objectif, définir une mission, déterminer le travail nécessaire et la rémunération, élaborer différents scénarios et en comparer les conséquences. Un rapport de conseil peut alors être rédigé et vous pouvez aussi accompagner votre client dans la mise en œuvre. Cela fait de la planification patrimoniale une prestation clairement définie, qui peut trouver sa place dans le modèle économique du cabinet. »
L'IA vaut ce que vaut la data
Un deuxième atout majeur d'Abbove, c'est la combinaison de données patrimoniales structurées et d'IA. Car pour Guillaume, l'intelligence artificielle a peu de valeur lorsque l'information sous-jacente est fragmentée ou peu fiable.
« Une Ferrari ne fait pas grand-chose avec du mauvais carburant. C'est pareil pour l'IA : sans bonnes données, vous ne pouvez pas attendre de résultats professionnels fiables.
Grâce à Abbove, vous pouvez récupérer l'information depuis des systèmes existants, pensez aux outils CRM et comptables et limiter ainsi la double saisie. Des documents comme des actes de propriété ou des relevés bancaires peuvent en plus être chargés : l'IA en extrait l'information pertinente et la propose au sein de la structure patrimoniale. Vous contrôlez et validez cette information avant qu'elle ne soit définitivement intégrée. »
Le gain de temps peut être considérable, selon Guillaume. « Des tâches qui prenaient autrefois des jours peuvent être réalisées en quelques minutes. Un document qu'il fallait parcourir manuellement pendant une heure peut être analysé par l'IA en quelques secondes, après quoi vous en contrôlez les résultats. »
Conseiller de façon proactive grâce à l'IA
Cette combinaison de data et d'IA doit à terme mener aussi à un rôle de conseil plus proactif. « Chez Abbove, nous avons déjà avec Mia un assistant IA capable d'interroger des documents, de résumer des rapports et de préparer la communication. La prochaine étape, c'est que Mia puisse travailler avec l'ensemble de la base de données patrimoniale structurée. Vous pourrez alors non seulement demander ce que contient un document, mais aussi quelles opportunités ou quels risques se présentent chez un client. »
Ainsi, l'IA peut vous aider à préparer l'ordre du jour avant un rendez-vous client, à identifier des points d'attention ou à détecter de possibles missions de conseil. Vous pouvez aussi, par exemple, repérer quels clients sont susceptibles d'être concernés par une situation fiscale ou patrimoniale particulière et les aborder de façon proactive.
La technologie, mais l'humain aux commandes
Malgré cette automatisation poussée, le comptable reste indispensable, selon Guillaume. L'IA peut rassembler et analyser de l'information, mais elle ne comprend pas automatiquement ce qui compte personnellement pour un client.
« La solution techniquement ou financièrement optimale n'est pas nécessairement celle que le client veut. Il faut écouter, comprendre ce qui compte pour la personne et tenir compte de ses priorités personnelles.
La force de notre approche réside, selon moi, dans la combinaison de la technologie et de l'expertise humaine : des données patrimoniales structurées, une analyse assistée par l'IA, un contrôle professionnel et, surtout, la relation de confiance entre le comptable et son client. »
Pour les comptables, c'est en même temps une opportunité commerciale. « Le plus grand défi n'est pas la technologie, mais de déterminer comment un cabinet comptable veut positionner la planification patrimoniale, quels services il veut proposer et comment il veut en fixer le prix », conclut Guillaume Desclée. « Le logiciel n'est pas l'étape la plus difficile. La vraie question, c'est comment votre cabinet veut organiser son offre de conseil. »

